tableau rond

Les discours: une provocation à la transformation culturelle?

Eléments pour l'instauration d'une clinique de la parole

La recherche que nous menons consiste essentiellement à interroger les processus qui conduisent à un renoncement, un enfermement, une mise en échec ; elle nous a amené à organiser des dispositifs pragmatiques : de vie, de formation, de travail. L’écoute de la singularité d’un cas interpelle sur ce que ce cas souligne plus globalement, comme questions de culture et de société ; notre recherche met en évidence une texture linguistique et de civilisation, pour que le questionnement ne soit pas seulement individuel mais contribue à la culture et à la société.

Cette recherche est, en retour, indispensable à l’intervention clinique : l’élaboration d’un cas, de ses symptômes et de ses ressources, de ses impasses et de ses issues, profite de l’élaboration de cette texture, de son contexte.

La nouveauté de cette recherche consiste à partir de l’hypothèse que le malaise souligne des aspects essentiels de la civilisation, et qu’il a quelque chose à apporter à la civilisation. Il s’agit donc d’entendre la portée et la contribution du malaise, sans le figer dans une catégorie médicale ou sociale par un diagnostic et un pronostic. Par le biais de différents symptômes, le malaise se traduit dans un discours, une manière de dire qui est une parodie du discours ambiant, un effet culturel. Ainsi, ce qu’on appelle communément névrose obsessionnelle, psychose paranoïaque ou schizophrénie, plutôt que des catégories qui tendraient à établir l’existence d’une «maladie mentale», peut être entendu comme des discours, des façons de dire, d’interpeller, voire de faire la caricature des routines sociales.

Alors que l’institution psychiatrique définit une frontière de civilisation au débordement du malaise par le diagnostic et le traitement, nous définissons, souvent en collaboration avec elle, une frontière qui a une autre fonction, en travaillant l’analyse de discours liés à un cas plutôt que de sujets souffrant d’une maladie.

Les hypothèses cliniques que nous formulons au fil de l’expérience vérifient comment et combien chacun de ces discours insiste sur l’absence de compromis, de médiation, de communication facile ou de parole facile, interpellant les habitudes et les lieux communs.

Insister sur ces manières de dire, cependant, c'est souvent aussi faire une « erreur de calcul », pour faire entendre ou pour entendre soi-même quelque chose d'extrêmement difficile. Cette erreur de calcul, c'est le passage à l’acte, la violence ou la transgression, qui met parfois en danger soi-même, ou son entourage ; c’est à ce point-là qu’intervient la demande : que faire de la douleur et du désespoir ?

Comme mode de dire, comme figure rhétorique, le discours porte aux éléments essentiels d’un cas, qui sont à mettre en jeu. L’analyse de ces discours introduit un mouvement de pensée, un raisonnement qui permet de porter ces façons radicales de communiquer dans la parole plutôt que dans le passage à l'action, et de valoriser des ressources et un itinéraire de vie originaux.

La recherche que nous développons reste indissociable d’une pratique clinique, l’une profitant de l’autre et la modifiant. Notamment, la pratique de terrain, dans le cadre du Département de clinique psychanalytique, donne la matière du Dispensaire et du Centre de formation. Dans les interventions de l’Association, il sera donc question de récit, d’itinéraire, d’histoire vivante qui se transforme le long d’une écoute et d’un faire ; c’est sur cette base que s’articule la formation dispensée par l’Association.

Le chiffre de la parole